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LA FAMILLE SELON FRANÇOIS
CHRISTOPHE HENNING, Pèlerin

À l’issue des deux synodes de 2014 et 2015, durant lesquels la famille fut au cœur de débats agités, le pape François signe Amoris lætitia, un très beau texte célébrant la vie conjugale & familiale. Sans changer la doctrine, il inaugure un chemin de réintégration pour les divorcés remariés.

Dans la famille du pape françois, on ne fait pas de grands discours. Certes, on parle, mais on écoute aussi, on se réjouit des événements heureux, on accompagne ceux qui sont dans l’épreuve ou les difficultés. Dans cette famille, le pape françois est un peu le grand-père bienveillant qui rappelle les règles exigeantes d’une vie familiale épanouie et console ceux qui ne parviennent pas à cette inaccessible excellence.

Nourrie de la grande réunion de famille qu’ont constituée les deux synodes de 2014 et 2015, mais aussi des consultations mondiales auprès des fidèles, l’exhortation Amoris lætitia vient d’abord redire la force de l’amour conjugal et familial. Tels des repas de famille parfois mouvementés, les débats ecclésiaux furent âpres ces derniers mois, certains voulant rappeler la sévère beauté du magistère, d’autres insistant sur la souple inculturation de la doctrine… le pape François évite les deux camps pour redire combien « la joie de l’amour vécue dans les familles est aussi la joie de l’Église ». (§ 1)

Pape Francois
©2016 M.MIGLIORATO/CPP/CIRIC

Bien sûr, le pape reprend de très larges extraits des conclusions des pères synodaux. mais c’est la vie familiale de tous les jours qui se trouve au cœur de l’exhortation. À cela, on reconnaît le style du pape qui se veut proche, concret : « franchissons donc le seuil de cette maison sereine, avec sa famille assise autour de la table de fête. au centre, nous trouvons, en couple, le père et la mère, avec toute leur histoire d’amour. » (§ 9) au fil des quelque 9 chapitres, 260 pages et 325 paragraphes, le pape aborde la théologie du mariage et les questions qui fâchent, mais sans jamais perdre ce sens du réel nourri de l’Évangile. Car, insiste-t-il dès les premières pages, « tous les débats doctrinaux, moraux ou pastoraux ne doivent pas être tranchés par des interventions magistérielles ». (§ 3)

« Il ne s’agit plus de défendre une doctrine pure à laquelle il faut se conformer, mais bien de poser le regard du Christ sur ce que vivent les personnes, apprécie Mgr Jean-Paul Vesco, dominicain et évêque d’Oran (Algérie), qui a participé au synode. Rien n’est changé de la vérité objective, mais c’est le regard qui change et relève. » Un enthousiasme bienfaisant pour les couples et les familles, qui s’enracine dans la Bible. Consacrant tout un chapitre à une très belle méditation de l’hymne à la charité de saint Paul (1 co 13, 2-7), le pape dépoussière cette lecture trop souvent entendue d’une oreille blasée lors des célébrations de mariage. Plus loin, il se fait « conseiller conjugal », invitant les époux à échanger un baiser le matin, les enfants à laisser leur portable pour participer aux repas familiaux, car « la spiritualité de l’amour familial est faite de milliers de gestes réels et concrets ». (§ 315)

Un lyrisme papal et une générosité qui ne l’empêchent pas de dénoncer aussi ce qui peut défigurer la vie familiale : le chômage, la pauvreté, l’avortement et l’euthanasie, le peu de respect pour les personnes âgées, les conflits qui jettent les familles sur les routes de la migration, l’affectivité narcissique…

S’appuyant sur ses prédécesseurs, notamment Jean Paul ii et Paul Vi, le pape François redit encore la beauté du mariage : « seule l’union exclusive et indissoluble entre un homme et une femme remplit la fonction sociale pleine du fait qu’elle est un engagement stable et permet la fécondité » (§52), rappelle-t-il, insistant sur la préparation au mariage, l’accompagnement des couples et l’éducation chrétienne des enfants. « le pape sort la famille de la vision idyllique et prend en compte la réalité des familles pour les rejoindre dans leur diversité. mais le ton n’est ni laxiste ni relativiste, constate Monique Baujard, ancienne responsable des questions familiales à la Conférence des évêques de France. il demande aux pasteurs, mais aussi aux théologiens, de poursuivre la recherche. » en prenant comme critère le regard évangélique du Christ, le pape se réjouit que l’exhortation soit publiée durant l’année jubilaire de la miséricorde.

Qu’est-ce que cela signifie pour les « situations irrégulières » telles qu’elles sont nommées dans l’Église ? le pape ne dit pas que les divorcés remariés écartés de la table eucharistique peuvent désormais y accéder, que ce qui était défendu est désormais permis : « On peut comprendre qu’on ne pouvait pas attendre du synode ou de cette exhortation une nouvelle législation générale du genre canonique. » (§ 300) mais il annonce qu’un chemin est possible, car « personne ne peut être condamné pour toujours, parce que ce n’est pas la logique de l’Évangile ! » (§ 297) le pape ne change donc rien à la doctrine mais, en bon jésuite, il y ajoute un appel essentiel à la conscience et au discernement pour trouver la bonne attitude face à « l’immense diversité des situations concrètes ». Voilà la radicale nouveauté d’Amoris lætitia. « mais la conscience n’est pas abandonnée à elle-même : le discernement sera personnel et pastoral, explique Mgr Philippe Bordeyne, théologien, recteur de l’institut catholique de Paris. L’objectif est que les fidèles trouvent leur place dans l’Église et que chacun trouve la paix. »

Le maître mot du pape François, c’est l’intégration : « C’est la clé de leur accompagnement pastoral, afin que non seulement ils sachent qu’ils appartiennent au Corps du Christ qu’est l’Église, mais qu’ils puissent en avoir une joyeuse et féconde expérience. » (§ 299) notamment par « l’aide des sacrements » de réconciliation et de l’eucharistie, précise seulement une note de bas de page. finalement, cette « ouverture » au « cas par cas » se révèle un chemin d’exigence et de vérité des personnes qui peuvent et doivent opérer un discernement avec les pasteurs. Ce faisant – et ce n’est pas la première fois –, le pape François dénonce l’immobilisme et pousse l’Église et ses pasteurs à une indispensable créativité : « Je comprends ceux qui préfèrent une pastorale plus rigide qui ne prête à aucune confusion. mais je crois sincèrement que Jésus-Christ veut une Église attentive au bien que l’esprit répand au milieu de la fragilité. » (§ 308) la mise en œuvre de cette exhortation ne fait que commencer, au regard de la longueur du texte, de sa richesse spirituelle, mais aussi de la véritable « conversion pastorale » à laquelle invite le pape – « au risque de se salir avec la boue de la route » (§ 308) . « J’espère que chacun, à travers la lecture, se sentira appelé à prendre soin avec amour de la vie des familles. » (§ 7). l’invitation est lancée !

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